PAR MICHEL SCHWERI (thank you so much Michel)
Genève Le syndicat et la direction du Bureau international du travail (BIT) ayant pu s'exprimer librement dans Le Courrier à propos des emplois précaires au sein de l'institution[1], il devient possible de tenter une lecture extérieure des faits à la base de cette controverse. Ces derniers sont en effet brouillés tant par la prudence du syndicat, qui ne veut pas exposer les travailleurs les plus fragiles de l'organisation internationale en les faisant témoigner, que par le langage diplomatique de la direction du BIT.
Mesurer le «taux de précarité» au sein du BIT n'est toutefois pas aisé. Sur le plan qualitatif d'abord et de l'aveu même de la direction, certains travailleurs –on ne sait pas combien– engagés sous des contrats à très court terme peuvent ne pas avoir de couverture sociale. Que cette dernière ne soit pas obligatoire dans le temple de la normalisation mondiale des relations de travail suffit déjà à allumer le voyant rouge. La direction avoue également être au courant que certains collaborateurs extérieurs (des sous-traitants) ne sont pas mieux assurés.
On peut aussi tenter de quantifier l'importance de la précarité des contrats de travail. Selon les statistiques de l'emploi au BIT à fin décembre 2004, 951 fonctionnaires de l'institution à travers le monde bénéficient d'un contrat de durée indéterminée, «jusqu'à la retraite», dit la direction. A la même date, 1549 employés étaient signataires de contrats de durée déterminée. Cette catégorie comprend d'une part les salariés nouvellement engagés, puisque l'embauche au BIT passe toujours par des contrats probatoires de un, deux ou trois ans renouvelables durant au moins sept ans, avant de passer sous contrat de durée indéterminée. Et, d'autre part, les employés de la coopération technique engagés «à la mission» pour deux ou trois ans.
Selon la direction toujours, environ 170 stagiaires officient gratuitement chaque année au BIT entre trois et douze mois chacun. Si on imagine des stages moyens de six mois, cela équivaut tout de même à 85 emplois à plein temps gratuits.
Quelque 2500 contrats de courte et très courte durée (moins de 364 jours) ont été signés en 2004, explique encore la direction. Si l'on admet une durée moyenne de six mois, c'est encore 1250 équivalents plein temps qui sont ainsi mis bout à bout. Et 5000 contrats de «collaborateurs extérieurs» ont été conclus. En admettant une durée de mandat d'un mois seulement, cela totalise quand même l'équivalent de 450 emplois à 100%.
Un score peu enviable ressort de l'addition de ces chiffres: 951 emplois à long terme contre l'équivalent de 3334 pleins temps fractionnés en contrats à durée déterminée. Exprimée en pour cent, la masse totale de travail du BIT en 2004 a été abattue à raison de 22% par des salariés en contrats à long terme et de 78% sous contrats à durée déterminée. Parmi ces derniers, 42% –soit presque la moitié du potentiel productif du BIT– relèvent d'engagements inférieurs à un an.
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